mercredi 6 février 2013

Recommandation n° 2 : Caroline Benichou

Il n'est pas facile de parler de photographies; il est encore plus difficile d'écrire à leur sujet. Les messages maladroits qui peuplent ce blog en sont la preuve.

Cela tient à la nature de l'image photographique. À la contempler, on se perd très vite dans la fascination muette qu'impose la présence massive et obstinée de l'objet représenté. Sans plus. L'image photographique laisse le spectateur sans voix.

Il y a pourtant un au-delà à cette pure présence. Roland Barthes nous a enseigné les deux dimensions fondamentales par lesquelles un commentaire ou un discours sur l'image photographique peut s'engager : le studium et le punctum.

 Le studium couvre ce que l'on pourrait appeler, en simplifiant fortement, la dimension documentaire de l'image photographique. Cette dernière reproduit mille détails que l'examen attentif permet de décrire par le menu. Par ces détails, on peut dater une image, illustrer des particularités vestimentaires, comprendre une gestuelle signifiante, découvrir un environnement singulier, révéler l'aspect d'un lieu aujourd'hui disparu... Ou critiquer la qualité de l'image et la compétence du photographe...

Le punctum, de son côté, ouvre à la dimension affective par laquelle nous percevons, ressentons et interprétons une image photographique. Le punctum, c'est ce qui point, ravive la mémoire et noue l'estomac. Ici, c'est l’émotion qui parle, laquelle est sans doute notre plus puissant outil par lequel nous comprenons le monde. C'est dans cette dimension que les textes que Caroline Benichou nous propose à propos d'images photographiques se déploient. On les trouve dans son blog lesyeuxavides.blogspot.com/

Caroline Benichou a le don du regard et de l'écriture. C'est une combinaison rare et précieuse qu'il faut goûter dans le silence recueilli qui encourage à l'écoute des poètes. En effet, Caroline Benichou nous convie, de sa voix murmurante mais persuasive, à une poétique de l'image photographique.

Ah! comme j'aimerais qu'elle s'attarde sur quelques de mes images! Que n'aurait-elle à me révéler qui demeure soustrait à mon propre regard! Mais hélas, la photographie couleur qui me passionne ne semble pas faire partie de ces photographies qui l'inspirent. Et je me dis alors que, nous autres photographes, coloristes passionnés, n'avons pas encore réussi à faire de la couleur de nos images, un punctum qui parle aux poètes.

Escalier de fer rouge. Seneffe, Belgique. 2010