jeudi 13 décembre 2012

Post scriptum à «L'éloge de l'amateur»

Peu de temps après avoir rédigé mon post intitulé «Éloge de l'amateur», je feuilletai un livre consacré à Alfred Stieglitz que je possédais depuis plusieurs années déjà. Il s'agit d'une édition publiée dans le cadre d'une exposition rétrospective de son œuvre organisée conjointement par le National Gallery of Art de Washington, le Metropolitan Museum of Art de New York et The Art Institute de Chicago. (Alfred Stieglitz. Photographs & Writings. Callaway Editions, New York 1983).

J'avais consulté ce livre de nombreuses fois mais, mis à part la très intéressante introduction rédigée par Sarah Greenough (Alfred Stieglitz and "the Idea Photography"), je n'avais pas tant prêté attention aux écrits du photographe lui-même. Les relisant il y a peu, je ne peux m'empêcher de citer ici deux passages d'un article que Stieglitz publia dans la revue Scribner Magazine en 1899 sous le titre Pictorial Photography :

Let me call attention to one of the most universally popular mistakes that have to do with photography — that of classing supposedly excellent work as professional, and using the term amateur to convey the idea of immature productions and to excuse atrociously poor photographs. As a matter of fact nearly all the greatest work is being, and has always been done, by those who are following photography for the love of it, and not merely for financial reasons. As the name implies, an amateur is one who works for love; and viewed in this light the incorrectness of the popular classification is readily apparent [...].

Je rappelle que ce texte fut publié en 1899, et qu'à le lire aujourd'hui, on se prend à penser que, décidément, à part une évolution technologique extraordinaire, la photographie semble souffrir toujours des mêmes préjugés de la part non seulement du grand public, mais entretenus aussi par certains photographes. À lire les interventions dans certains forums consacrés à la photographie, et dans lesquels s'expriment, sous le couvert de l'anonymat, les opinions les plus bariolées, les plus fantasques, les plus extrêmes, les plus contradictoires — mais les plus sensées aussi, parfois... on retrouve les mêmes types de photographes tels que la suite du texte mentionné ci-dessus décrit deux paragraphes plus loin :

Nothing could be farther from the truth than this [la reconnaissance publique du professionnel comme gage d'images de qualité], and in the photographic world to-day [je respecte l’orthographe originale du texte] they are recognized but three classes of photographers — the ignorant, the purely technical, and the artistic. To the pursuit, the first bring nothing but what is not desirable; the second, a purely technical education obtained after years of study; and the third bring the feeling and inspiration of the artist, to which is added afterward the purely technical knowledge. [...]

Je n'ajouterai rien à ces deux extraits qui montrent combien l'histoire de la photographie, considérée du point de vue de sa perception populaire, ne suit pas le même rythme que son développement esthétique. Il n'y a pas eu Alfred Stieglitz.